La recherche

De grands innovateurs : Dr Frank Plummer

Narrateur :

Rencontrez le Dr Frank Plummer, chercheur renommé en matière de VIH et ancien directeur du Laboratoire national de microbiologie du Canada.

Nous l'avons interrogé sur ses débuts au Laboratoire, l'importance de l'installation et les défis relevés.

Dr Plummer :

Je suis devenu directeur du Laboratoire national de microbiologie, qui fait partie de l'Agence de santé publique du Canada. J'ai donc quitté le Kenya pour m'installer à Winnipeg. J'ai continué la recherche au Kenya. Toutefois, il me semblait avoir besoin d'une approche de laboratoire plus sophistiquée pour atteindre mes objectifs, plutôt que de travailler sur le terrain au Kenya.

Ce défi s'est avéré intéressant. Le laboratoire que je prenais en charge était tout nouveau et venait de déménager d'Ottawa à Winnipeg. Seulement quelque 25 personnes ont quitté Ottawa pour venir travailler à Winnipeg. Le Laboratoire était donc sous-utilisé et sous-peuplé.

J’avais un gros travail de mise en œuvre à faire, ce qui en soi était un défi particulier et une occasion stimulante.

Le Laboratoire était chargé de tous les aspects de la santé publique reliés aux maladies infectieuses : bactéries, problèmes d'origine alimentaire, virus mortels comme l'Ebola.

Il offre le seul programme de niveau 4 au Canada et l’un des très rares au monde.
Nous sommes donc devenus le centre de référence pour toute épidémie de maladie infectieuse, surtout quand l'agent est inconnu.

Le SRAS a été notre premier gros cas en 2003. Ce nouveau virus, jusqu'alors jamais vu chez les humains, a soudain fait son apparition en Chine. Quand nous avons appris l'existence de ce problème en Chine, le virus était déjà rendu à Toronto et à Vancouver.

Il était impossible de diagnostiquer cette maladie respiratoire sévère à l'aide de tests faits avec des agents connus. Nous avons assez rapidement compris qu'il s'agissait d'une toute nouvelle situation et qu’une approche différente s’imposait.

Le virus du SRAS a d'abord été isolé aux États-Unis par le Centre for Disease Control [and Prevention]. Puis nous l'avons isolé un ou deux jours plus tard. Ensuite, nous nous sommes pratiquement lancés dans une course pour séquencer le virus, séquencer tout le génome.

En collaboration avec le Centre for Genome Sciences de l'Université de la Colombie-Britannique [Canada's Michael Smith Genome Sciences Centre], nous étions les premiers – le Canada était le premier – à séquencer ce virus. C'était une période extrêmement passionnante que de découvrir ce virus et de déterminer les prochaines étapes, pour ensuite développer de nouveaux outils de diagnostic, puis la science nécessaire pour séquencer le virus.

Plus tard, nous avons vécu un bon nombre d'inquiétudes relativement à la grippe. Comme bien des gens le savent, la grippe pandémique est l'une des maladies infectieuses les plus redoutées. La grippe de 1918 a fait des millions de victimes dans le monde.

Nous avons été sévèrement éprouvés en 2009 quand le tout nouveau virus de la grippe H1N1 a fait son apparition en Californie, suivi d’une flambée épidémique à Mexico. Nous avons alors aidé les Mexicains. Mais quand nous avons su que le virus était au Mexique, il était déjà rendu au Canada. Il y avait des cas en Nouvelle-Écosse, puis tout a déboulé à une vitesse foudroyante.
En fait, nous sommes ceux qui avons plus ou moins découvert la pandémie. Elle avait déjà été signalée aux États-Unis, mais nous l'avons détectée au Mexique et au Canada. Nous savions alors qu'elle s’étendrait presque partout.

La préparation à ce genre de situation est extrêmement importante. Nous devons avoir la capacité scientifique pour réagir, faire de nouveaux essais diagnostics, tester de nouveaux traitements, créer des vaccins – espérons-le. Et selon moi, le Canada est très bien préparé. Le Laboratoire national de microbiologie est l'un des meilleurs, sinon le meilleur, au monde.

Afin d'illustrer l'importance du laboratoire en tant que riposte nationale et mondiale à ce genre de menaces, nous avons réalisé trois projets très innovateurs – pas moi mais d’autres. La première innovation a été de créer des laboratoires mobiles, un laboratoire dans une valise – en fait, dans 12 valises – que l’on déplace vers le patient, plutôt que d’envoyer un prélèvement dans un laboratoire quelque part aux États-Unis ou au Canada. Cette méthode a été cruciale pour réagir aux éclosions de fièvre virale hémorragique (Ebola et Marburg), car elle réduit le temps requis pour identifier les personnes atteintes de l'Ebola. Il est ainsi possible d’isoler ces personnes et de les traiter. Si les personnes sont atteintes d'une autre maladie, on peut alors les séparer de celles atteintes de l'Ebola.

La deuxième innovation est la création d'un vaccin contre l'Ebola qui, selon moi et d'autres personnes, constitue le vaccin le plus prometteur sur le marché. Il a été développé à l'aide du virus de la stomatite vésiculaire. Ce virus est une infection bovine qui peut infecter les humains sans causer de véritables problèmes. En insérant le gène de l'Ebola dans ce vaccin, on trompe le corps à penser qu'il a déjà vu l'Ebola, ce qui l'amène à développer la réaction immunitaire appropriée à la protéine de l'Ebola. Les singes qui reçoivent le vaccin avant d'être infectés par le virus Ebola sont protégés à 100 %. Il peut même y avoir un effet post-exposition : si un animal est exposé à l'Ebola, les effets du vaccin sont très appréciables jusqu'à trois jours après l'exposition. Ainsi, le vaccin peut également être utilisé comme une sorte de traitement.

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